mercredi 23 novembre 2011

Traversée Carib 1500

Carib 1500 : Arrivée et réflexion sur la traversée

Nous sommes arrivés vers 8 h00 AM le 21 novembre après 10 jours (moins deux heures). Malgré nos déboires, nous serions quinzième et plus de la moitié des bateaux ne sont pas encore arrivés. C’est drôle la perception car pour nous, sans vent au milieu de la mer des sargasses et sans accès à internet pour voir la flotte, on était convaincus qu’on était les derniers de la flotte. Plusieurs bateaux ont dû se rendre aux Bermudes à cause de problèmes, un bateau n’a pas pris le départ et un autre a viré de bord. Un autre bateau a été couché par une grosse vague (sans avarie ni blessure grave sinon un paquet d’eau embarqué par la descente).

Résumé de notre traversée :

Nous sommes partis le 11 novembre après le passage d’un front froid assez spectaculaire (vent fort, chute du thermomètre et ciel violet). Au départ, il fait froid et on a du vent de l’ouest à près de 25 nœuds, on avance à toute vitesse sous génois seul. On pousse un peu la machine car on sait qu’après ce front, le vent risque de chuter. Durant la première nuit, on gèle et on est habillé avec tout : tuques, mitaines, combinaisons en polar en dessous de nos cirés de voile. Vers la fin de la nuit, la température s’adoucit et la température de l’eau monte : on atteint le Gulf Stream. Celui-ci se montre clément, pas vraiment de vagues différentes, on se demande même si on y est vraiment. Puis rapidement le vent molli et on avance à environ quatre nœuds. De plus, notre traversée du Gulf Stream nous a amené un peu trop au sud que prévu et on se retrouve avec un courant contraire d’environ 1,5 à 2 nœuds. Pas très bon quand on avance à quatre nœuds. Ce foutu courant va durer près de 150 miles si bien qu’on n’arrive pas à sortir de cette zone de calme. Le plus ironique c’est qu’à chaque jours, je téléchargeais les cartes météo par téléphone satellite et cette zone de calme nous suivait : à chaque jour on voyait du vent à 100 miles en arrière et 100 miles en avant mais rien chez nous. Nous en avons profité pour popotter, passer du temps au soleil, lire et même se baigner deux fois au beau milieu de la mer. Nous avons aussi eu la visite d’un petit oiseau qui avait l’air épuisé. Il n’avait même pas la force d’avoir peur de nous. Nous lui avons donné à manger et de l’eau et après une nuit à bord, il est reparti. 


Notre petit oiseau fatigué

Rencontre de deux voiliers au moteur, sans vent et en pleine mer (notre seule rencontre en 10 jours)


Nous devions faire attention au diésel alors à chaque fois qu’il y avait un petit souffle de vent, on fermait le moteur et on essayait d’avancer à voile. Le problème en haute mer avec le vent trop faible c’est que la houle brasse le bateau, le mat de promène partout et les voiles n’arrivent pas à garder leurs formes et sont totalement inefficace. Il nous est même arrivé d’essayer d’aller vers le sud pour se retrouver à aller carrément à l’est puis de décider de virer de bord pour se retrouver à aller carrément à l’ouest!!! On a bien ri de nous même. Après trois ou quatre jours de ce régime, on est enfin sortis de la zone de calme et le vent s’est levé (ainsi que la mer). C’est à ce moment que l’on a eu la compagnie d’une douzaine de dauphins près de l’étrave de CroqueBleu. Le vent a débuté autour de 8-10 nœuds du SE (évidemment venant d’où on voulait aller) puis a augmenté jusqu’à environ 30 nœuds avec des pointes à 35 nœuds. On a fait tout le reste du trajet au près dans une houle de plus de 10 pieds et parfois plus grosse (Cette houle était générée par une tempête tropicale plus à l’est avec des vents de 45 nœuds vers l’ouest). C’est une de ces lames qui a couché « Rum Runner » le voilier qui est maintenant à côté de nous. De notre côté, on n’a jamais été inquiétés, CroqueBleu étant tout à fait à l’aise dans du temps plus frais. Avec le nouveau foc sur bas étai et sa grand voile à enrouleur, il est très facile d’équilibrer le bateau pour éviter de faire travailler trop fort le pilote automatique et pour empêcher de partir au lof par une survente et une vague ce qui est habituellement la façon de coucher le bateau dans cette mer.


La visite des dauphins

Du côté de l’équipage, tout c’est très bien passé. Nous avions un bon team, expérimenté, compétent et tout le monde faisait sa part. Je suis bien content de m’être fait des amis et d’avoir amélioré mon vocabulaire nautique en anglais. J’avais un peu moins confiance au jugement d’un des équipiers pour la manœuvre du bateau ce qui me portait à ne pas trop dormir lorsqu’il était de quart mais aucune réserve pour les deux autres. Le plus difficile a été d’avoir trop « étrangers » qui envahissent notre maison pour 10 jours et ce malgré le fait qu’ils aient été super corrects.

John, Julian, Paul et Simon
Le bateau n’a pas trop souffert. On a perdu la manille de la balancine (l’anneau de métal qui attache celle-ci à la bôme) et un joint d’étanchéité est devenu moins étanche suite aux assauts répétés des vagues qui balayaient le pont et sera à réparer. L’avarie la plus significative est le réseau « SeaTalk » du système de navigation qui est tombé en panne à 24 heures de l’arrivée nous privant de pratiquement tous les instruments et du pilote automatique. Heureusement j’avais un deuxième chartplotter indépendant du réseau en plus d’un système complet sur mon ordinateur avec un GPS branché dans un port USB. Donc pas de problème sinon qu’il faudra réparer le réseau SeaTalk avant de repartir. La majorité des bateaux ont des réparations à faire suite à la traversée mais c’est un peu normal car on a fait en dix jours ce que la moyenne des plaisanciers ne font pas en deux ans de voile!


Nous sommes maintenant à Nanny Cay à Tortola dans une marina avec piscine et plage au bord de la mer. On va maintenant profiter des Iles Vierges pour les prochaines semaines avant de continuer plus avant.




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