dimanche 18 septembre 2011

Une nuit en mer- un gars/une fille


Version: un gars

CroqueBleu trop rapide

À partir de Sandy Hook d'où nous sommes partis jusqu'à Cape May, il y a 115 miles marins (212 km) d'une côte peu hospitalière aux navires et jonchée des épaves de ceux qui y ont fait naufrage. Comme la météo annonçait des vents de 5 à 10 MPH (4 à 8.5 noeuds), nous nous sommes dit que cela prendrait probablement au dessus de 20 heures pour faire le trajet et nous sommes donc partis vers 11h00 AM dans le but d'arriver le lendemain matin peu après le lever du soleil. Finalement dès le départ nous avions des vents de 10 noeuds et ceux-ci n'ont fait qu'augmenter pour finir à 30 noeuds soutenu avec des pointes à 35 noeuds! Le résultat est que CroqueBleu a franchi la distance en 15 heures nous faisant arriver à 2:00 AM dans une nuit totalement noire. Excellente performance mais pas très bon pour entrer dans un port que l'on ne connait pas! Nous avons donc du mettre le bateau à la cape courante (une première en pleine nuit) pour attendre le lever du soleil pour entrer dans le port. Les enfants ont eu besoin de Gravol mais ils ont relativement dormis contrairement à nous. Il faut aussi préciser qu'en plus d'être une côte inhospitalière, elle est fréquentée par un trafic maritime important. Pour vous donner un aperçu, à un moment donné, deux énormes barges s'approchaient de nous et le capitaine de la première décida de nous appeler sur la radio. Je vous laisse une transcription de la conversation pour que vous puissiez apprécier leur jargon:

Sur le canal 16:

Tug: Sailing vessel this is tug in tow about three quarter of a mile northeast of you. (remorqueur remorquant ce qui signifie qu'il a priorité à cause de la faible capacité de manoeuvre alors que normalement les voiliers ont priorité sur les bateau moteur - c'est relatif)
CroqueBleu: This is sailing vessel. Which working channel do you suggest? (on n'a pas le droit d'avoir une conversation sur le canal 16 qui est un canal uniquement de détresse et d'appel - je lui demande donc son canal de travail)
Tug: Why don't we go chanel one three. (il suggère le canal 13)
Croquebleu: Going one three, over. (Je confirme que j'ai bien compris)

Et sur le canal 13:

CroqueBleu: Incoming Tug this is sailing vessel CroqueBleu , over
Tug: Hi Cap'tain, if you alter course to the West a little bit, I will overtake you leaving you to starboard two whistle safely. (Bonjour Capitaine, si vous déviez votre trajectoire vers l'ouest, je vous dépasserai en vous laissant sur mon tribord comme si je vous signalait de deux coup de sifflet - mettons qu'il faut un peu le savoir!!!)
CroqueBleu: OK, altering course twenty degrees to starboard and keeping watch, standby one six out. (OK, on dévie de 20 degrés et on vous surveille, je retourne au canal 16 et fin de la conversation)

Nous sommes donc rendus à Cape May à l'intérieur de la rade bien protégée. On se sent comme après une nuit blanche à l'urgence...et maintenant on va essayer de se reposer en s'occupant des enfants (si c'est possible???). On a vraiment un bateau rapide et il faudra en tenir compte pour les prochaines traversées.

Version: une fille

 
Il ne fait pas froid mais il fait frette. Il fait noir. Ça cogne, ça bouge, je ne suis pas capable de me tenir debout seule. J'ai mal au coeur. Je suis seule dehors, j'essaye de voir où je vais mais je n'y voit rien, je ne vois pas les voiles, ni la girouette, ni rien du tout d'ailleurs. Je ne vois que les énormes vagues passer sous CroqueBleu qui m'appararaissent gigantesques. Je regarde donc le radar, ma carte GPS, mon moniteur de vent qui me montre des pointes qui dépassent les 35 noeuds. Il pleut, et en plus, je me fais arroser par des embruns...


Il est 3 heures du matin, veux-tu ben me dire quésé q'je fais icitte?? On ne partait pas un an dans le sud là où il fait chaud et là où on prend un Pina Colada en se faisant griller le nombril?? 

À la place d'avoir mon bikini, j'ai des combines, des pantalons, mes salopettes de voile qui remonte en haut des seins, mon chandail de ski, un autre chandail par dessus, mon polar, ma doublure de manteau d'hiver North Face, et mon ciré de voile par dessus qui ne laisse que les yeux exposés au vent.... et j'ai froid... y'é où mon drink avec le petit parasol dedans??


Mais bon, il faut ce qu'il faut! On est rendu, tout le monde va bien, les enfants sont bien en forme et heureux de ne plus avoir mal au coeur et de pouvoir bouger sans tomber! Et malgré ces quelques lignes plus haut, je suis bien contente d'avoir passé ma première nuit en mer :-))




1 commentaire:

  1. J’ai pris connaissance de votre dernier blog depuis Cape May. J’apprécie au plus au point tous les détails techniques de la navigation donnés par le «gars» d’autant plus que je me passionne pour la voile depuis que «le gars» m’y a initié. Je vis chaque instant, chaque manœuvre, les moments de doute et de risques de malentendu surtout en territoire inconnu. La conversation incertaine avec le capitaine de la barge me reporte entre la côte et l’île Bonaventure où nous étions ballotés sans vent par des vagues incohérentes en plein chenal des traversiers de touristes ce que nous étions nous-mêmes. La mise à la cape me rappelle les moments de nuit passés au large de Matane à attendre la marée haute du matin pour entrer au port. Ce n’était pas la mer mais c’était la mer avec ses inconnues. «La fille décrit avec justesse la sensation de la nuit noire, des embruns et du «frette». Elle nous fait vivre un moment de cockpit intense sur l’atlantique en attente du petit matin. Chaque détail de son habillement et de celui dont elle rêve nous apparaissent en paralelle. Les vagues qui paraissent plus grosses la nuit que le jour et qui vous arrivent dessus au dernier moment puisqu’on n’y voit rien. Il faut faire confiance au «gars» n’est-ce pas ? C’est un excellent navigateur. Si vous payez d’avance votre dû au bonheur cela vous donne une idée du paradis vers lequel vous vous dirigez. Je m’en voudrais aussi de ne pas donner mon opinion sur le blog de l’épicerie qui illustre bien à quel point un bateau n’est jamais assez grand si « de rêve» soit-il. Cela nous montre un fois de plus que nos besoins sont souvent des caprices et que nos caprices sont bien agréables. Quel bonheur aussi de voir les jumeaux se ruer sans retenue sur les jeux «star war ». Vous êtes des fabricants de rêves et les fabricants de rêve sont toujours en coulisses à trimer sur les cordes des marionnettes comme vous sur les écoutes et les drisses pour nous emmener au-delà de notre réalité. Comme tous les créateurs, vous trimez durs pour arriver sur la plage paradisiaque qui vous donnera un peu de répit avant de repartir, car on n’échappe pas à son personnage.
    Raymond

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