Évidemment notre visite de la Martinique se devait d’inclure une visite de Saint-Pierre, la ville détruite par l’éruption de la Montagne Pelée en 1902. Cette visite me fit mieux comprendre pourquoi on nous avait parlé de cela à la p’tite école. En effet, à l’époque, Saint-Pierre était la capitale économique et sociale de la Martinique sinon de toutes les Antilles françaises et était surnommée « le petit Paris des Antilles ». La ville comptait à cette époque 30,000 habitants, était construite principalement de pierres importées de France avec toutes ses institutions incluant un théâtre et même une bourse. En effet, les échanges commerciaux étaient importants et une quarantaine de navires étaient généralement ancrés dans la rade de St-Pierre. Saint-Pierre avait déjà l’électricité et était reliée à l’Europe par deux câbles de télégraphe et de téléphone. C’était donc une ville riche, ultra-moderne et très en avance sur son temps.
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| La montagne Pelée avec des ruines en avant plan |
Dans les semaines qui ont précédé l’éruption qui détruisit la ville, le volcan montrait des signes inquiétants : fumeroles, éruptions de cendres volcanique et même un lac où les Pierrots avaient l’habitude d’aller se baigner s’était vidé. De plus, une coulée de boue avait détruit la principale rhumerie située légèrement au nord de Saint-Pierre. On avait donc fait venir de grands scientifiques pour ausculter le volcan (la volcanologie n’existait pas encore) qui, en regardant la topographie, avaient conclu qu’il serait impossible qu’une coulée de boue ou de lave puisse traverser les sept rivières et les sept kilomètres qui séparent le volcan de la ville. De plus, ils ont même déterminé que la coulée de boue qui avait détruit la rhumerie était une bonne chose car elle avait fait tomber la pression du volcan et donc, qu’il n’y avait plus rien à craindre. Ils rassurèrent donc la population pas plus de trois jours avant l’éruption. Malgré ces propos, plusieurs Pierrots sceptiques commençaient à envoyer femmes et enfants hors de la ville (plusieurs hommes décidant de rester car ils étaient riches et avaient peur des pillards). Comme c’était l’approche des élections et de l’ascension, les élus qui avaient peur de perdre leurs élections par manque d’électeurs, redoublèrent d’efforts pour convaincre les Pierrots de rester. Le gouverneur de la Martinique avait même décidé de venir – avec son épouse - pour rassurer la population et ce, la veille même de l’éruption fatidique. En fait la coulée de boue qui avait détruit la rhumerie quelques jours plus tôt, en se refroidissant, avait bouché le cratère du volcan entrainant une hausse incroyable de la pression interne. Le matin de l’éruption, c’est tout le flanc faisant face à Saint-Pierre qui a explosé produisant d’abord une onde de choc qui détruisit nombre de bâtiments et qui projeta même des canons du fort jusque dans la mer. Suite à l’onde de choc, un nuage de gaz incandescents et de cendres volcaniques dévala la pente à une vitesse estimée à 350 km/h et à une température de plus de 500 degrés Celsius détruisant et mettant le feu à tout ce qui pouvait bruler incluant 42 des 43 bateaux ancrés dans la rade. Certains ont pensé s’en sauver en sautant dans la mer mais celle-ci s’est mise à bouillir à certains endroits et l’air était irrespirable.
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| Vue de la rade de Saint-Pierre (CroqueBleu est dans les bateaux à l'extrême gauche qui ressemblent à de petits points blancs) |
A posteriori, il fut estimé que l’explosion du volcan avait dégagé une énergie équivalente à 10 bombes atomiques comme celle d’Hiroshima. La chaleur fut telle dans la ville que même les bouteilles et les bijoux retrouvés avaient…fondus. On a retrouvé des « bombes volcaniques », ces pierres projetées par le volcan, jusqu’à sept kilomètres et certaines faisant environ 20 pieds de diamètre. Il est intéressant de noter qu’effectivement aucune coulée de lave ou de boue n’a atteint la ville tel qu’évalué par les scientifiques! L’explosion du volcan tua environ 30,000 personnes incluant les scientifiques, le gouverneur et sa femme. Il n’y eut qu’un seul survivant nommé Cyparis.
L’histoire de Louis Cyparis
Louis Cyparis était un habitant d’une commune voisine de Saint-Pierre qui était bien connu des policiers car il avait tendance à abuser des « petit punch », devenait agressif lorsque saoul et était fréquemment impliqué dans des bagarres ce qui lui valait généralement d’aller dégriser en prison. Cette fois par contre, Cyparis avait été condamné à un mois de prison pour s’être battu au coutelas (machete) et il purgeait sa peine à la petite prison de Saint-Pierre (qui fut complètement détruite). L’avant-veille de l’éruption, alors qu’il effectuait des travaux publics sous surveillance, il faussa compagnie à ses geôliers pour aller fêter avec ses copains dans le village voisin. Le lendemain matin (veille de l’éruption), il réalisa qu’il serait mieux de se rendre de lui-même s’il ne voulait pas trop alourdir sa peine. Chemin faisant vers la petite prison de Saint-Pierre, il rencontra d’autres copains qui l’invitèrent à prendre quelques ti-punchs qui finirent par être nombreux si bien que Cyparis arriva saoul mort à la prison en injuriant tout le monde et prêt à se battre. En guise de punition, les gardiens le jetèrent au cachot ce qui s’avéra salvateur. Le cachot dont les quatre murs sont en pierre de plus de 60 cm est situé au fond de la prison et relativement protégé par deux murs de soutènement. De plus, une canalisation d’eau passe juste à côté ce qui a put atténuer la chaleur. Lors de l’éruption, tout a brulé et le cachot fut recouvert de près de deux mètres de cendres et c’est trois jours plus tard que des pillards ont retrouvé Cyparis, brulé au troisième degré mais toujours vivant dans son cachot. Cyparis fut soigné de ses brûlures par un prêtre de la ville voisine en lui appliquant de l’huile et des feuilles de bananes (à essayer à l’urgence?). Un peu plus tard, ce miraculé fut engagé par le cirque Barnum pour être exhibé un peu partout dans le monde. Quelques années après, sa popularité s’effritant, il fut congédié et finit sa vie à Panama apparemment en continuant d’abuser des « petits punchs » qui lui avaient finalement sauvé la vie.
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| Le cachot de Cyparis |
Saint-Pierre après l’éruption
Il y eut d’autres éruptions dans les années suivant l’éruption explosive de 1902 si bien que toute la zone fut déclarée inhabitable. Quand les choses se sont calmées, les gens ont commencé à revenir sur ces terres non-réclamées mais très fertiles (les cendres volcaniques font de très bons engrais). Ces nouveaux arrivants étaient principalement des ex-esclaves ou leurs enfants, l’esclavage ayant été aboli peut de temps avant (1848 si je me souviens bien). Vers 1930, Saint-Pierre fut officiellement reconnue comme village (elle n’avait plus de statut officiel depuis l’éruption). Aujourd’hui Saint-Pierre est un petit village relativement pauvre d’environ 5000 personnes qui, mis-à-part les vestiges d’antan, n’a plus rien de sa splendeur d’autrefois.
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| Dans les ruines de l'ancienne ville |
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